Autorisation de conduite :
tout ce que vous devez savoir
Formation, CACES, obligations réglementaires — Guide complet mis à jour suite au décret n°2025-355 du 18 avril 2025 et à l’arrêté du 26 septembre 2025 (en vigueur depuis le 1er octobre 2025).
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Histoire de l’autorisation de conduite et du CACES
La réglementation sur la conduite en sécurité des engins n’est pas née d’une volonté abstraite de contraindre les entreprises. Elle est le fruit direct d’accidents graves, parfois tragiques, qui ont progressivement forcé le législateur et les partenaires sociaux à structurer un cadre exigeant. Retour sur une histoire de quarante ans.
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Premières recommandations CNAM
Face à une sinistralité élevée liée aux équipements de levage, la CNAM publie ses premières recommandations : R.212 (nacelles, 1982), R.257 (nacelles, 1984), R.318 (ponts roulants, 1988). Ces textes pionniers posent les bases d’une évaluation des conducteurs, sans cadre réglementaire contraignant pour les entreprises. La conduite d’engins reste largement non encadrée.
L’accident de la grue de Toul — 6 lycéens tués
Une grue de chantier Potain (type F15/15C), dressée sur un chantier de construction place du Marché à Toul (54), s’effondre sous une rafale de vent d’environ 100 km/h sur le lycée professionnel Jean-Baptiste Vatelot. Le contrepoids s’abat sur une salle des combles où une classe de terminale suit un cours de dessin. Bilan : 6 élèves tués, 13 blessés, le grutier grièvement blessé après une chute de 30 mètres — il conservera de graves séquelles.
Le grutier, intérimaire et quatrième grutier en deux mois sur ce chantier, était descendu deux fois de sa grue pour signaler des vents dangereux. Les deux fois, le chef de chantier lui avait ordonné de remonter pour traiter le béton frais. Aucun anémomètre n’était installé sur le chantier. La délégation de sécurité avait été confiée à un chef de chantier inexpérimenté, sans système d’alerte sur la vitesse du vent.
La Cour d’appel de Nancy (26 mars 1998) condamne l’ensemble de la chaîne hiérarchique : chef de chantier (2 ans dont 18 mois avec sursis), conducteur de travaux (2 ans dont 16 mois avec sursis), chef d’agence SAEE Ramelli (2 ans dont 14 mois avec sursis), directeur des travaux (2 ans dont 15 mois avec sursis). Le grutier — pourtant victime — est condamné à 10 000 francs d’amende avec sursis pour ne pas avoir exercé son droit de retrait, son statut précaire d’intérimaire étant reconnu comme facteur atténuant. La Cour de cassation confirme l’ensemble de ces condamnations le 16 mars 1999 (n°98-82.594).
Cet accident a directement nourri les travaux législatifs ayant conduit au décret du 2 décembre 1998 et à la création des premières recommandations CACES. Il reste à ce jour la référence pédagogique incontournable dans toutes les formations grue à tour.
Sources : Cour d’appel de Nancy, 26 mars 1998 — Cour de cassation, ch. criminelle, 16 mars 1999, n°98-82.594 — France 3 Grand Est — Le Moniteur, 2 avril 1998
Naissance des premières recommandations CACES
En réaction directe à la sinistralité des années 1990, la CNAM publie trois premières recommandations structurées : R.372 (engins de chantier), R.377 (grues à tour) et R.383 (grues mobiles). Elles définissent pour la première fois un référentiel d’évaluation théorique et pratique des conducteurs, avec des exigences précises sur les épreuves et les compétences attendues.
Décret 98-1084 — L’obligation réglementaire naît
Le décret du 2 décembre 1998 et son arrêté d’application inscrivent dans le Code du travail l’obligation de formation (art. R.4323-55) et de délivrance d’une autorisation de conduite par l’employeur (art. R.4323-56) pour six familles d’équipements. C’est la première fois que la conduite d’engins est soumise à une obligation légale explicite, assortie de la possibilité de sanctions en cas d’accident. La circulaire DRT 99/7 du 15 juin 1999 précise les modalités d’application.
Déploiement national du dispositif CACES®
La CNAM déploie officiellement le dispositif CACES® avec six recommandations R.3xx : R.372m (engins de chantier), R.377m (grues à tour), R.383m (grues mobiles), R.386 (PEMP), R.389 (chariots à conducteur porté), R.390 (grues auxiliaires). Les Organismes Testeurs Certifiés (OTC) sont accrédités par des organismes certificateurs conventionnés avec le Cofrac. Le CACES® devient la référence nationale pour l’évaluation des conducteurs avant délivrance de l’autorisation de conduite.
Réforme de la protection des jeunes travailleurs
Le décret n°2013-914 du 11 octobre 2013 refond la réglementation relative aux jeunes travailleurs et aux travaux réglementés (art. R.4153-38 à R.4153-52). Il clarifie les deux régimes de dérogation — collective pour les jeunes en formation professionnelle, permanente pour les titulaires d’un diplôme professionnel — et encadre l’affectation des jeunes de 15 ans et plus à la conduite d’engins. Le décret n°2015-443 du 17 avril 2015 simplifie ensuite la procédure de déclaration à l’Inspection du travail.
Refonte complète — Les R.4xx remplacent les R.3xx
Après plusieurs années de travaux paritaires, les six anciennes recommandations R.3xx sont abrogées et remplacées par huit nouvelles recommandations R.4xx. Deux nouvelles familles font leur entrée : R.484 (ponts roulants et portiques) et R.485 (gerbeurs à conducteur accompagnant). Le nouveau référentiel intègre davantage de pratique, des exigences renforcées pour les testeurs (formation en prévention obligatoire), et des durées de validité harmonisées à 5 ans (10 ans pour R.482). Les anciens CACES R.3xx restent valides jusqu’à leur date d’échéance.
Réforme médicale — Fin du SIR, attestation de non-contre-indications
Le décret n°2025-355 du 18 avril 2025 et l’arrêté du 26 septembre 2025 suppriment le Suivi Individuel Renforcé (SIR) pour les conducteurs d’engins soumis à autorisation de conduite. L’ancien avis d’aptitude est remplacé par une attestation d’absence de contre-indications médicales, valable 5 ans, délivrée par le médecin du travail directement au salarié. L’arrêté du 26 septembre 2025 abroge également l’arrêté du 2 décembre 1998 et en reprend les dispositions actualisées. Ces textes sont en vigueur depuis le 1er octobre 2025.
Qu’est-ce que l’autorisation de conduite ?
L’autorisation de conduite est un document délivré par l’employeur à ses salariés pour la conduite d’équipements de travail présentant des risques particuliers. Elle est encadrée par l’article R.4323-56 du Code du travail et l’arrêté du 26 septembre 2025 (qui abroge l’arrêté du 2 décembre 1998 depuis le 1er octobre 2025).

| Recommandation | Équipements | Statut | Formation OFSP |
|---|---|---|---|
| R.482 | Engins de chantier | Obligatoire | Voir la formation → |
| R.483 | Grues mobiles | Obligatoire | Voir la formation → |
| R.484 | Ponts roulants / Portiques | Recommandée | Voir la formation → |
| R.485 | Gerbeurs à conducteur accompagnant | Recommandée | Voir la formation → |
| R.486 | PEMP — Plateformes élévatrices | Obligatoire | Voir la formation → |
| R.487 | Grues à tour | Obligatoire | Voir la formation → |
| R.489 | Chariots automoteurs à conducteur porté | Obligatoire | Voir la formation → |
| R.490 | Grues auxiliaires de chargement | Obligatoire | Voir la formation → |
Les 3 conditions réglementaires
L’arrêté du 26 septembre 2025 définit trois conditions cumulatives pour que l’employeur puisse délivrer une autorisation de conduite :
Formation adéquate + contrôle des acquis
Formation à la conduite en sécurité (art. R.4323-55) + évaluation théorique et pratique (art. R.4323-57)
Attestation d’absence de contre-indications médicales
Délivrée par le médecin du travail — valable 5 ans — remise au salarié (nouveau depuis le 1er oct. 2025)
Connaissance des lieux et des instructions
Le conducteur connaît les lieux et les consignes à respecter sur le ou les sites d’utilisation
Formation à la conduite

La formation à la conduite est une obligation de résultat pour l’employeur (art. R.4323-55). Il en définit les modalités : formateur interne ou organisme extérieur, durée, contenu, conditions de réalisation.
Quand renouveler la formation ?
Conformément à l’art. R.4323-55 et à l’obligation générale de l’art. L.4121-1, la formation doit être réactualisée notamment :
- Lors de l’utilisation d’une nouvelle machine avec évolutions techniques importantes
- En cas d’adjonction d’un équipement interchangeable conférant une fonction nouvelle
- Lors d’une modification de l’environnement de travail influant sur la sécurité
- Lors d’une reprise d’activité après une période sans pratique
- Après un accident ou un presque-accident (art. L.4121-3 — obligation de réévaluation et mise à jour des mesures de prévention)
- Avant chaque renouvellement de l’autorisation de conduite
Durée de validité
Aucune durée légale fixe n’est imposée, mais la bonne pratique recommandée est une durée maximale de 5 ans (10 ans pour R.482). L’autorisation doit être revue :
- ✅ Chaque année (bonne pratique)
- ✅ À chaque changement d’équipement, de site, de conditions de travail
- ✅ À chaque renouvellement de l’attestation médicale (tous les 5 ans)
- ✅ À chaque réactualisation de la formation
L’autorisation de conduite et une copie de l’attestation médicale sont tenues à la disposition de l’Inspection du travail (art. R.4323-56).
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CACES vs autorisation de conduite
Le CACES n’est pas obligatoire au sens réglementaire strict. C’est un référentiel d’évaluation développé par la CNAM — un bon moyen de satisfaire la condition relative au contrôle des connaissances, mais il ne remplace pas l’autorisation de conduite délivrée par l’employeur.

Ce que le CACES EST
- Un référentiel d’évaluation des connaissances et savoir-faire
- Un certificat délivré par un Organisme Testeur Certifié (OTC) après réussite aux épreuves
- Durée de validité : 5 ans (10 ans pour R.482)
- Reconnu par le ministère du Travail comme « un bon moyen de se conformer à ses obligations » (circulaire DRT 99/7)
Ce que le CACES N’EST PAS
- L’expression « formation CACES » est un abus de langage — il n’est pas un référentiel de formation
- Il ne remplace pas l’autorisation de conduite — c’est l’employeur qui la délivre
- Il n’est pas obligatoire au sens strictement réglementaire
Autorisation de conduite et AIPR

Les conducteurs d’engins effectuant des travaux à proximité de réseaux souterrains, aériens ou subaquatiques doivent détenir deux autorisations distinctes :
- Autorisation de conduite (AC) — pour conduire l’engin en sécurité
- Autorisation d’intervention à proximité des réseaux (AIPR) — pour travailler au voisinage des réseaux (arrêté du 15 février 2012 modifié)
L’AIPR peut être fondée sur un CACES R.482 avec option IPR (réseaux souterrains) ou une habilitation électrique (réseaux aériens pour PEMP, grues, chariots).
Pour les PEMP (R.486), grues à tour (R.487), grues mobiles (R.483) et grues de chargement (R.490), le CACES ne permet pas la délivrance d’une AIPR — ces certificats portent la mention : « Ce(s) CACES® ne permet(tent) pas la délivrance d’une AIPR ».
Cas particuliers
L’employeur qui est son propre conducteur
Un chef d’entreprise, auto-entrepreneur ou artisan ne peut pas se délivrer une autorisation de conduite à lui-même. En cas d’accident, il doit pouvoir prouver qu’il remplit les 3 conditions (formation + évaluation, attestation médicale, connaissance des lieux). La détention du CACES est fortement recommandée (art. R.4323-56 et circulaire DRT 99/7).
Les jeunes travailleurs de moins de 18 ans
La conduite d’engins fait partie des travaux réglementés pour les jeunes âgés de 15 ans au moins et de moins de 18 ans (art. D.4153-27). Les jeunes de moins de 15 ans ne peuvent en aucun cas conduire des engins.
- Dérogation formation pro (art. R.4153-38 à R.4153-45) : apprentis, contrat de pro, stagiaires, élèves CAP/bac pro → déclaration collective du CFA à l’Inspection du travail, valable 3 ans
- Dérogation permanente (art. R.4153-49) : jeunes titulaires d’un diplôme ou titre pro correspondant → sans déclaration, avec aptitude médicale favorable
Dans les deux cas : aptitude médicale annuelle requise (l’attestation de non-contre-indications à 5 ans ne s’applique pas aux jeunes bénéficiant d’une dérogation).
Les travailleurs temporaires
L’entreprise de travail temporaire est responsable de la formation et de l’évaluation. L’entreprise utilisatrice délivre l’autorisation de conduite. La détention du CACES est imposée aux intérimaires (circulaire DRT 99/7).
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FAQ — Questions fréquentes
Le 26 janvier 1995 à 16h28, à Toul (Meurthe-et-Moselle), une grue Potain F15/15C s’est effondrée sous des rafales de vent d’environ 100 km/h sur le lycée professionnel Jean-Baptiste Vatelot. 6 élèves d’une classe de terminale ont été tués, 13 blessés, et le grutier grièvement blessé après une chute de 30 mètres.
Les enquêtes ont établi que le grutier — intérimaire, 4e grutier en 2 mois sur ce chantier — avait alerté deux fois son chef de chantier sur la dangerosité des vents et était descendu de sa grue. Les deux fois, il lui avait été ordonné de remonter pour traiter le béton frais. Aucun anémomètre n’était installé. La délégation de sécurité avait été confiée à un chef de chantier inexpérimenté.
Enseignement juridique clé : malgré ses alertes répétées, le grutier a été condamné (10 000 francs d’amende avec sursis) pour ne pas avoir exercé son droit de retrait. L’ensemble de la chaîne hiérarchique a été condamné à des peines allant jusqu’à 2 ans avec sursis (Cour d’appel de Nancy, 26 mars 1998 ; Cour de cassation, 16 mars 1999, n°98-82.594).
Cet accident a directement alimenté les travaux ayant conduit au décret du 2 décembre 1998 instituant l’obligation d’autorisation de conduite et à la création des premières recommandations CACES. Il reste aujourd’hui la référence pédagogique centrale dans toutes les formations grue à tour.
Oui — c’est l’un des enseignements les plus forts de l’affaire de la grue de Toul (1995). Le grutier avait averti deux fois son chef de chantier que le vent était trop fort. Il a néanmoins été condamné, car lui seul avait la possibilité physique d’arrêter la grue en mettant la flèche en girouette ou en refusant de remonter.
Le tribunal reconnaît la pression exercée par le chef de chantier et le statut précaire de l’intérimaire — facteurs atténuants qui expliquent la peine symbolique. Mais il confirme le principe : le conducteur doit exercer son droit de retrait lorsqu’il perçoit un danger grave et imminent, même contre l’avis de sa hiérarchie (art. L.4131-1 du Code du travail).
C’est pourquoi la formation autorisation de conduite intègre systématiquement le droit de retrait et la gestion des situations dangereuses — météorologiques, mécaniques ou organisationnelles.
Formations conduite d’engins hors recommandations CNAM
Le dispositif CACES et les recommandations R.4xx couvrent les équipements les plus dangereux. Mais de nombreux engins utilisés quotidiennement en entreprise ne font l’objet d’aucune recommandation CNAM — et donc d’aucun CACES. Cela ne signifie pas qu’ils ne nécessitent pas de formation : l’obligation de l’employeur de former ses conducteurs découle directement de l’article L.4121-1 du Code du travail, quelle que soit la nature de l’équipement.
La R.366 — gerbeurs et transpalettes à conducteur accompagnant
La recommandation R.366 de la CNAM encadre la conduite des transpalettes à conducteur porté et des gerbeurs à conducteur accompagnant dont la hauteur de levée est inférieure ou égale à 1,20 m. Elle ne donne lieu à aucun CACES — uniquement à une formation interne dispensée par l’employeur, dont il conserve la traçabilité. OFSP propose des formations R.366 en intra-entreprise sur vos propres équipements.
Équipements sans recommandation CNAM
De nombreux équipements circulant dans les entrepôts, les parcs, les collectivités ou les établissements industriels ne sont couverts par aucune recommandation. Pour autant, leur utilisation sans formation expose l’employeur à sa responsabilité pénale et civile en cas d’accident. OFSP intervient pour former vos conducteurs sur :
Cette liste est non exhaustive. Tout équipement de travail mobile automoteur ou servant au levage nécessite une formation adéquate en application de l’art. R.4323-55 du Code du travail, qu’il soit ou non couvert par une recommandation CNAM. Source INRS
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Sources réglementaires
- Art. R.4323-55, R.4323-56, R.4323-57 du Code du travail
- Décret n°2025-355 du 18 avril 2025
- Arrêté du 26 septembre 2025 (modèles d’attestation et formation à la conduite)
- Art. D.4153-27 du Code du travail (travaux réglementés jeunes)
- Art. R.4153-38 à R.4153-52 (dérogations jeunes travailleurs)
- INRS ED 6348 — Questions-réponses CACES (avril 2022)
- DREETS AuRA — Réglementation jeunes travailleurs (mise à jour mai 2025)
- Circulaire DRT 99/7 du 15 juin 1999 — Formation et autorisation de conduite des équipements de travail
- Instruction interministérielle n°2016/273 du 7 septembre 2016 — Jeunes travailleurs et travaux réglementés
OFSP — Organisme de Formation Sécurité et Prévention — Déclaration n°84 01 01924 01 — Qualiopi n°04088

