Formateur & Tuteur

Devenir Tuteur ou Maître d’Apprentissage : formation, obligations légales et aides 2025

Être un professionnel confirmé et vouloir transmettre ses compétences demande d’acquérir des compétences pédagogiques pour que l’apprentissage se déroule au mieux. De l’accueil du jeune ou de l’adulte en formation à l’évaluation de ses acquis, la formation vise à permettre à tout professionnel d’acquérir les techniques et méthodes adaptées au tutorat et à développer des compétences relationnelles spécifiques.

📅 Mis à jour — Décembre 2025 ⏱ Lecture 10 min 🏷 Tutorat · Maître d’apprentissage · Alternance

Chaque année, plusieurs centaines de milliers de contrats d’apprentissage et de contrats de professionnalisation sont signés en France. Derrière chacun de ces contrats se trouve un professionnel désigné pour accompagner l’alternant : un maître d’apprentissage ou un tuteur. Cette fonction, souvent confiée à un salarié expérimenté ou à un chef d’entreprise sur la base de son expertise technique, ne s’improvise pourtant pas. Maîtriser un métier et savoir le transmettre sont deux compétences distinctes, qui mobilisent des savoir-faire pédagogiques et relationnels spécifiques. C’est tout l’enjeu de la formation « Devenir Tuteur ou Maître d’Apprentissage » proposée par OFSP.

Un rôle central, aujourd’hui mieux encadré par la réglementation

Le maître d’apprentissage : un statut défini par le Code du travail

La fonction de maître d’apprentissage est encadrée par le Code du travail, aux articles L. 6223-5 à L. 6223-8-1. L’article L. 6223-5 dispose que « la personne directement responsable de la formation de l’apprenti et assumant la fonction de tuteur est dénommée maître d’apprentissage » et précise que celui-ci « a pour mission de contribuer à l’acquisition par l’apprenti dans l’entreprise des compétences correspondant à la qualification recherchée et au titre ou diplôme préparés, en liaison avec le centre de formation d’apprentis ».

Le maître d’apprentissage doit remplir des conditions précises, fixées par les articles R. 6223-22 et R. 6223-23 du Code du travail. À défaut de convention ou d’accord collectif de branche fixant des conditions spécifiques, sont réputées remplir la condition de compétence professionnelle :

  • les personnes titulaires d’un diplôme ou d’un titre relevant du domaine professionnel correspondant à la finalité du diplôme préparé par l’apprenti, d’un niveau au moins équivalent, et justifiant d’au moins une année d’exercice d’une activité professionnelle en rapport avec la qualification préparée ;
  • les personnes justifiant de deux années d’exercice d’une activité professionnelle en rapport avec la qualification préparée par l’apprenti.

L’article L. 6223-8-1 ajoute des conditions de moralité et de disponibilité : le maître d’apprentissage doit être salarié de l’entreprise (ou en être le dirigeant), volontaire, majeur, et offrir toutes garanties de moralité. Il fixe également le nombre maximal d’apprentis pouvant être suivis simultanément par un même maître d’apprentissage — en principe deux, portés à trois lorsque l’un d’entre eux redouble.

À retenir : l’article L. 6223-6 du Code du travail prévoit que l’employeur permet au maître d’apprentissage de dégager, sur son temps de travail, les disponibilités nécessaires à l’accompagnement de l’apprenti et aux relations avec le centre de formation d’apprentis (CFA). Le tutorat n’est pas une charge « en plus », mais une mission à part entière.

Enfin, et c’est le fondement même de notre programme, l’article L. 6223-8 pose une obligation claire à la charge de l’employeur : « L’employeur veille à ce que le maître d’apprentissage bénéficie de formations lui permettant d’exercer correctement sa mission et de suivre l’évolution du contenu des formations dispensées à l’apprenti et des diplômes qui les valident. » La formation du maître d’apprentissage n’est donc pas une simple option qualité : c’est une exigence légale, dont la mise en œuvre relève de la responsabilité de l’employeur.

Le tuteur en contrat de professionnalisation : un cadre parallèle

Le contrat de professionnalisation, régi par les articles L. 6325-1 à L. 6325-25-1 du Code du travail, obéit à une logique de désignation similaire. L’article L. 6325-3-1 est explicite : « L’employeur désigne, pour chaque salarié en contrat de professionnalisation, un tuteur chargé de l’accompagner. Un décret fixe les conditions de cette désignation ainsi que les missions et les conditions d’exercice de la fonction de tuteur. »

Ce décret d’application se retrouve aux articles D. 6325-6 à D. 6325-10 du Code du travail. Le tuteur, choisi parmi les salariés qualifiés de l’entreprise, doit être volontaire et justifier d’une expérience professionnelle d’au moins deux ans dans une qualification en rapport avec l’objectif de professionnalisation visé ; à défaut de salarié répondant à ces conditions, l’employeur peut assurer lui-même le tutorat, dès lors qu’il remplit ces mêmes exigences de qualification et d’expérience. Un tuteur salarié peut accompagner simultanément trois alternants au maximum en contrat de professionnalisation, ce nombre étant limité à deux lorsque le tuteur est l’employeur lui-même.

Que l’on parle de « maître d’apprentissage » (contrat d’apprentissage) ou de « tuteur » (contrat de professionnalisation), la philosophie du législateur est la même : la réussite de l’alternance repose sur la qualité de l’accompagnement en entreprise, et cet accompagnement doit être confié à une personne compétente, disponible, et formée à cette mission.

Une exigence renforcée depuis la réforme du financement de l’apprentissage

Le cadre réglementaire du tutorat a connu une évolution notable à compter du 1er septembre 2025. Dans le prolongement de la réforme du financement de l’apprentissage engagée par les décrets n° 2025-585 et n° 2025-586 du 27 juin 2025, relatifs à la prise en charge des actions de formation par apprentissage, les modalités d’octroi de l’aide financière versée aux entreprises au titre de la fonction tutorale et de la fonction de maître d’apprentissage ont été resserrées.

Depuis cette date, le versement de cette aide — qui peut atteindre plusieurs centaines d’euros par mois selon la branche et le type de contrat — est conditionné à la réalisation, par le tuteur ou le maître d’apprentissage, d’une formation spécifique à sa fonction. La formation à la fonction tutorale n’est plus seulement une bonne pratique recommandée par le Code du travail : elle devient, dans de nombreux cas, une condition matérielle pour percevoir les aides au financement de l’alternance.

À cela s’ajoute un dispositif de reconnaissance individuelle : le Ministère du Travail a créé, en lien avec les partenaires sociaux, une certification relative aux compétences de maître d’apprentissage / tuteur (« certification MATU »), enregistrée au Répertoire Spécifique de France Compétences. Elle atteste, autour de trois domaines de compétences — accueillir et faciliter l’intégration de l’alternant, accompagner le développement de ses apprentissages et de son autonomie professionnelle, participer à l’évaluation des apprentissages — la maîtrise de la fonction tutorale, et peut être obtenue à l’issue d’une formation en lien avec son référentiel. Elle permet également, via le compte d’engagement citoyen (CEC), d’acquérir des droits inscrits sur le compte personnel de formation (CPF) au titre de l’exercice bénévole ou volontaire de la fonction de maître d’apprentissage.

Pourquoi la seule expertise métier ne suffit pas

Un professionnel confirmé maîtrise les gestes, les procédures et les exigences de qualité de son métier. Mais transmettre ce savoir-faire à un apprenti ou à un alternant suppose de mobiliser des compétences d’une autre nature : savoir observer, reformuler, adapter son rythme d’explication, encourager sans complaire, corriger sans décourager, évaluer sans juger. Ces compétences pédagogiques et relationnelles ne s’acquièrent pas par la seule expérience du métier : elles se travaillent, se structurent et se professionnalisent, au même titre que n’importe quelle autre compétence.

L’absence de préparation à la fonction tutorale a des conséquences concrètes : accueil mal préparé générant de l’anxiété chez le jeune, transmission de savoir-faire incomplète ou mal séquencée, absence de suivi structuré rendant difficile la détection précoce des difficultés, évaluation approximative ne permettant pas d’objectiver la progression réelle de l’alternant, ou encore tensions relationnelles liées à une communication inadaptée. Ces difficultés pèsent directement sur le taux de rupture des contrats d’alternance — un enjeu que les pouvoirs publics ont précisément cherché à limiter en conditionnant, depuis 2025, une partie du financement de l’alternance à la formation effective des tuteurs et maîtres d’apprentissage.

Les objectifs de la formation OFSP

La formation « Devenir Tuteur ou Maître d’Apprentissage » proposée par OFSP répond directement à ces enjeux, en visant deux grandes catégories de compétences.

Des compétences techniques et méthodologiques

  • Identifier les différents enjeux de la fonction de tuteur ou de maître d’apprentissage, pour l’entreprise, l’alternant et lui-même.
  • S’approprier les techniques permettant de mettre en place les conditions favorables à l’apprentissage dès la phase d’accueil.
  • Structurer la transmission de ses savoir-faire selon une progression pédagogique adaptée au rythme de l’alternant.
  • Organiser et planifier le parcours de professionnalisation, en lien avec le centre de formation.
  • Construire des outils simples de suivi (livret d’accueil, journal de bord, points d’étape réguliers).
  • Élaborer une grille d’évaluation des acquis, permettant d’objectiver la progression de l’alternant.

Des compétences relationnelles spécifiques

  • Adopter une posture pédagogique adaptée, ni trop directive ni trop permissive.
  • Développer une communication claire, structurée et bienveillante.
  • Prévenir les situations relationnelles difficiles et savoir les désamorcer lorsqu’elles surviennent.
  • Accompagner la montée en autonomie de l’alternant sans se substituer à lui.

Une pédagogie active, ancrée dans les situations réelles de l’entreprise

Conformément aux exigences du référentiel national qualité Qualiopi, dont OFSP est certifié, la formation privilégie une pédagogie active et participative. Elle s’ouvre par un tour de table de positionnement, permettant au formateur d’identifier les attentes, le contexte professionnel et les difficultés déjà rencontrées par chaque stagiaire, afin d’ajuster le déroulé pédagogique en conséquence.

Les apports théoriques — cadre réglementaire du tutorat, rôles et responsabilités, techniques de communication, méthodes de transmission des savoir-faire — sont systématiquement complétés par des mises en situation : simulation d’un entretien d’accueil, exercice de transmission d’un geste professionnel, jeu de rôle autour d’une situation de recadrage ou de gestion d’une difficulté relationnelle. Les stagiaires travaillent également sur leurs propres cas concrets, ce qui leur permet de repartir avec des outils directement réutilisables : plan d’intégration, grille d’évaluation, trame d’entretien de suivi.

Cette formation s’adresse à tout professionnel confirmé, avec ou sans expérience préalable de l’encadrement, dès lors qu’il est désigné ou pressenti pour exercer une fonction de tuteur ou de maître d’apprentissage. Aucun niveau de connaissances préalables n’est requis pour la suivre : seule compte l’expertise métier déjà acquise par le stagiaire, que la formation vient compléter par les techniques et méthodes propres au tutorat.

Ce que l’entreprise a concrètement à y gagner

Former ses tuteurs et maîtres d’apprentissage n’est pas seulement une obligation réglementaire ou une condition d’accès aux aides financières : c’est un investissement direct dans la performance de l’entreprise.

BénéficeImpact concret
Réduction des ruptures de contratMoins de recrutements à refaire, moins de perte de temps de production
Montée en compétences accéléréeMeilleure qualité du travail produit, embauche facilitée en fin d’alternance
Transmission des savoir-faire internesSécurisation des compétences rares avant un départ à la retraite
Fidélisation des salariés expérimentésReconnaissance de leur expertise, perspective d’évolution
Éligibilité aux aides OPCOMaintien du versement de l’aide à la fonction tutorale depuis 2025

Une formation dispensée en intra-entreprise, partout en France

Comme l’ensemble des formations du catalogue OFSP, la formation « Devenir Tuteur ou Maître d’Apprentissage » est dispensée exclusivement en format intra-entreprise. Le formateur se déplace directement dans les locaux de l’entreprise, ce qui permet d’ancrer les mises en situation dans le contexte réel de travail des stagiaires et de rassembler, lors d’une même session, plusieurs collaborateurs appelés à exercer cette fonction. OFSP s’appuie sur un réseau de formateurs qualifiés, spécialisés en ingénierie pédagogique et en accompagnement des fonctions tutorales, capables d’intervenir sur l’ensemble du territoire national.

OFSP est certifié Qualiopi au titre des actions de formation, ce qui rend cette formation éligible à une prise en charge par les opérateurs de compétences (OPCO), dans les conditions et selon les plafonds propres à chaque branche professionnelle. À l’issue de la formation, chaque stagiaire se voit remettre une attestation de formation à la fonction de tuteur ou de maître d’apprentissage, document qui pourra utilement être versé au dossier de demande de prise en charge de l’aide à la fonction tutorale, et le cas échéant s’inscrire dans une démarche de préparation à la certification MATU.

Questions fréquentes

La formation du maître d’apprentissage est-elle obligatoire ?

L’article L. 6223-8 du Code du travail impose à l’employeur de veiller à ce que le maître d’apprentissage bénéficie d’une formation lui permettant d’exercer correctement sa mission. Depuis le 1er septembre 2025, cette formation conditionne en outre, dans de nombreux cas, le versement de l’aide à la fonction tutorale par l’OPCO.

Combien d’apprentis un même maître d’apprentissage peut-il suivre ?

En application de l’article L. 6223-8-1 du Code du travail, un maître d’apprentissage peut suivre simultanément deux apprentis, ce nombre pouvant être porté à trois lorsque l’un d’entre eux redouble.

Quelle différence entre tuteur et maître d’apprentissage ?

Le maître d’apprentissage accompagne un salarié en contrat d’apprentissage (art. L. 6223-5 et suivants du Code du travail), tandis que le tuteur accompagne un salarié en contrat de professionnalisation (art. L. 6325-3-1 et D. 6325-6 et suivants). Les missions pédagogiques sont très proches, ce qui justifie une formation commune.

La formation est-elle finançable par l’OPCO ?

Oui. OFSP est certifié Qualiopi, ce qui rend cette formation éligible aux financements des opérateurs de compétences (OPCO), selon les conditions propres à chaque branche professionnelle.

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Références réglementaires citées

  • Code du travail, art. L. 6223-5 à L. 6223-8-1 (maître d’apprentissage)
  • Code du travail, art. R. 6223-22 et R. 6223-23 (conditions de compétence professionnelle)
  • Code du travail, art. L. 6325-3-1 et D. 6325-6 à D. 6325-10 (tuteur, contrat de professionnalisation)
  • Décrets n° 2025-585 et n° 2025-586 du 27 juin 2025 relatifs à la prise en charge des actions de formation par apprentissage
  • Certification MATU — Répertoire Spécifique, France Compétences

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